Alors que des hivers très rudes succèdent à des étés très chauds où la famine sévit vers 1693 ; par la suite, une épidémie de dysentérie vers 1706 et 1707 provoque une surmontalité importante
MORTELLES CANICULES : Les terribles étés 1705 et 1707
En 1705, quatre ans seulement avant l’un des pires hivers de l’Histoire, la France eut à faire face à un été caniculaire. À Paris, les 39 degrés sont atteints durant plusieurs jours tandis que dans le sud du royaume la chaleur est telle que les thermomètres sont brisés par la dilatation du liquide. Cette canicule sera suivie par deux autres étés extrêmement chauds. Leur bilan humain total est évalué entre 200 000 et 500 000 victimes, une nouvelle fois causées par les infections de l’eau.
Extrait des Archives Départementales de la Sarthe (Commune de La Quinte) :
"1707, En cette année, il s'est fait au mois de Juillet pendant 3 jours une chaleur si vive que plusieurs personnes en ont été étouffés, des bœufs en sont morts sous le joug.
Accende Sancte Spiritus
./...".
A compter du 19 octobre 1708 le froid se fit sentir puis :
SURVINT EN 1709 "LE GRAND HYVER"
Les hivers 1709 et 1710 furent très rudes. Le "grand hyver" de 1709 gela toutes les cultures et les arbres fruitiers. En janvier 1710, le thermomètre descendit jusqu'à - 20°.
"L'hiver 1708-1709 est resté dans la mémoire collective comme « Le grand hiver » auquel il convient de se référer en cas d'hiver très froid. ... L'historien Emmanuel Le Roy Ladurie a confié à l'espace "Comprendre" de Météo-France que l'hiver 1708-1709 en particulier a été marqué par des périodes de froid exceptionnelles, pour autant que les données de l'époque nous permettent d'en juger. Au cours du XVIIe siècle, les premiers appareils de mesure de la température, apparus vers 1567, se sont perfectionnés et leur usage s'est répandu progressivement. Ainsi, pour 1709, on dispose de séries de mesures, notamment à Paris.
"Elles confirment qu'un froid exceptionnel a régné certains jours, notamment le 6 janvier 1709. Mieux encore, elles mettent en évidence des alternances de périodes douces et de froid intense entre octobre 1708 et avril 1709..."
"La vague de froid qui démarre le 6 janvier 1709 s'étend sur onze jours avec des valeurs minimales entre -15°C et -18°C à l'exception du 17 janvier où elle n'est que de -7,5°C...".
"Ce froid sibérien surprend
: il fait périr les noyers, les marronniers, les chênes... On raconte
qu'ils se fendaient en faisant un bruit épouvantable. Il y eut une
alternance de gel et de dégel avec une forte épaisseur de neige qui
gelait en surface. C'est la désolation qui frappe la population déjà
affaiblie par la dysenterie."
Ces deux hivers (1708/1709 et 1709/1710) décimèrent également car ils surviennent au moment où la population est déjà épuisée par les maladies. Dans toutes les petites chaumières de Fillé, tout le monde grelotte.
A Fillé, on relève 17 décès en 1709 et 16 en 1710 dont 2 inconnus : le corps d'un pauvre décédé à Mondan en juillet...
"Le neuf Juillet 1710, le corps d'un pauvre décédé à Mondan, lequel on a dit être de Nantes. On ne sait point son nom, a été inhumé dans le cimetière de cette église par nous prêtre vicaire" signé Jacques Guibert.
et le corps d'une fillette retrouvée noyée en décembre.
"Le 26 décembre 1710, le corps de (un blanc) fille d'environ 7 ans qui s'était noyée par malheur a été inhumée dans le cimetière de cette église par nous prêtre vicaire de Fillé".
E. LE ROY-LADURIE précise encore :
"Dans La clef du cabinet de mars 1709, qui ne traite habituellement que de politique étrangère, on trouve, outre une chronologie précise de l'arrivée du froid sur le royaume, cette mention : Il est mort partout une infinité de personnes de tout sexe & tout âge, principalement des enfants & des vieillards, parmi ceux qui n'avaient pas les commodités de se garantir contre un froid si extraordinaire, on a trouvé des familles entières mortes de froid..."
"Plus près du peuple, les registres paroissiaux abondent en descriptions apocalyptiques de la période. Ils insistent sur les difficultés à procéder aux enterrements mais ne manquent pas d'insister sur les œuvres de charité organisées pour subvenir à la détresse des plus pauvres, notamment les distributions des potages par les dames les plus aisées."
Legrand JP., Le Goff M., 1992. Les observations météorologiques de Louis Morin entre 1670 et 1713, Monographie de la Direction de la météorologie nationale, n°6.
Lachiver M., 1991. Les années de misère- La famine au temps du Grand Roi. Paris, Fayard,En ces années difficiles, le 30 Décembre 1710, Maistre René Chevallier devenu chanoine à Saint-Pierre de la Couture au Mans, quitte Fillé après avoir servi trente ans dans cette paroisse. Il est remplacé par Maistre Laurens Poussin.
Concernant les canicules mortelles des années 1705 et 1707 avec des mortalités spectaculaires, le pire était encore à venir. En 1712 et 1725, on assiste à deux étés très chauds qui firent un mort à Buffes en 1712 et un garçon de 16 ans au moulin en 1725 (1)
En 1712, 1718 et 1719, trois étés caniculaires se succèdent. Durant le second, les fortes chaleurs s’étalent sans discontinuer de juin à la mi-septembre. Une forme de climat saharien s’abat sur la région parisienne et les témoins rapportent même l’invasion de nuées de sauterelles en provenance d’Afrique du Nord. Elles ravagent les cultures jusqu’en Normandie et dans le Maine !
Ces trois étés caniculaires saignent à blanc le royaume : 700 000 morts (dont 450 000 pour la seule année 1719) pour un pays qui compte une vingtaine de millions d’habitants. Les victimes sont essentiellement des bébés et des enfants, atteints de dysenterie véhiculée par l’infection des eaux devenues trop basses.
(1) En 1725, on a donc assisté à un été très chaud qui fit un mort : un garçon de 16 ans au moulin )
En août de cette année 1725, la canicule qui ne cède pas depuis le mois de mai a fait un mort. Le jeune Jean Fisson un garçon de 16 ans, décède malheureusement au Moulin de Fillé. Il a débardé toute l'après-midi du 6 Août ds sacs de grains que les métayers du coin lui apportaient avec leurs charrettes à bœufs. C'était pourtant un garçon de fort corpulence qui avait pour habitude, une fois un arrivage terminé, il montait dans la minoterie pour boire un pichet de vin aigret que sa mère lui apportait, bien frais, de la cave. Puis, il s'assoupissait à l'ombre d'un arbre sur la berge de la Sarthe, assez basse cette année-là. Il s'endormit si bien cet après-midi que l'ardeur du soleil le tourmenta et le fit rougir plus rouge que d'accoutumé. Se réveillant, il décida d'aller plonger dans l'onde fraîche avant de se remettre au labeur. Personne ne sut se qui se passa ;durant une heure, les fermiers venant livrer leur moisson le cherchèrent, les femmes du village, les journaliers longèrent les rives asséchées. Finalement, on le retrouva noyé, ses poumons et son pauvre corps prometteurs remplis d'eau.
On lui fit des obsèques remarquées car il était apprécié de tous. C'est Jean Trouvé, meunier de la Beunèche, qui aidé de son autre frère François, de Maistres Niepsseron et Gaignon et François Marchand, maréchal ferrand qui portèrent le cercueil en sapin, en terre, pendant que toute l'assemblée des habitants de Fillé entouraient le jeune défunt et que sonnait le glas ...
Triste journée d'Août !
A nouveau à partir de 1738, une grave épidémie de grippe pulmonaire sévit sur l'Ouest du Royaume entrainant une forte augmentation de la mortalité.
On enregistre 23 décès en 1738 à Fillé (dont 3 enfants de 5, 6 et 10 ans) avec un pic au dernier trimestre. Léger recul en 1739, soit 19 décès dont un pic en début d'année : 8 rien que pour le mois de janvier dont celui de Madame LEBOINDRE épouse de Messire Jean-Baptiste François LEBOINDRE et celui de l'épouse du jardinier du Gros Chesnay, Jean AMIARD.
On remarque en consultant les registres paroissiaux qu'il y figure un dénommé Jacques MINICO, tailleur d'habit.
Sources :
(1) Source : la Gazette Web www.histoire-généalogie.c6om.
Legrand JP., Le Goff M., 1992. Les observations météorologiques de Louis Morin entre 1670 et 1713, Monographie de la Direction de la météorologie nationale, n°6.
Lachiver M., 1991. Les années de misère- La famine au temps du Grand Roi. Paris, Fayard,


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